avery making a murderer affiche

Making a Murderer : le docu-série US dont tout le monde parle

« Arrêtez tout les gars : ils ont enfermé Pacey Witter »

Quèsaco ?

Le docu-série diffusé sur Capture d’écran 2016-01-30 à 17.53.16 qui te donne pas, mais alors vraiment pas envie d’aller vivre au fin fond des États-Unis.

Ceci étant dit, si t’en avais envie avant, il n’est jamais trop tard pour consulter !

*

Réalisé par Laura Ricciardi et Moira Demos, MaM relate la sombre réalité de Steven Avery, issu d’une famille gentiment basse du front, habitant le comté de Manitowoc dans le Wisconsin. Incarcéré après avoir été accusé d’agression sexuelle en 1985 à la suite d’une enquête bâclée,  il est exonéré et libéré 18 ans plus tard grâce à des tests ADN. Le véritable coupable, lui, a passé toutes ces années-là pépouze, à continuer de perpétrer des crimes dégueulasses. Bordel, mais où était Alicia Florrick ??

Seulement deux ans après, Teresa Halbach, une jeune photographe vue pour la dernière fois vivante sur la propriété Avery, est portée disparue. Quelques jours après le signalement, son cadavre calciné est retrouvé dans une fosse sur la propriété. Au même moment, Steven Avery est en plein procès contre ceux qui l’ont accusé à tort deux décennies plus tôt, c’est-à-dire le comté de Manitowoc, son shérif et le procureur. Procès où la modique somme de 36 millions de dollars se jouait en faveur d’Avery.

Coup de théâtre : le jeune neveu d’Avery, Brendan Dassey, âgé de 17 ans et sensiblement retardé (son QI est évalué inférieur à 70), confesse  à la suite d’un interrogatoire de 4 heures non supervisé que son oncle a violé, torturé et tué Teresa Halbach. En 2007, Steven Avery est condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Brendan est quant à lui éligible à une remise de peine à compter de 2048.

Repassez par la case « cauchemar », ne touchez pas les 36 millions et croupissez en prison pour le reste de votre misérable vie.

En somme, une petite série très légère qui ambiancera à coup sûr vos soirées d’hiver.

*

Making a murderer, c’est également un titre aussi accrocheur qu’habile pour faire hausser le sourcil droit et titiller votre esprit. S’agit-il d’un homme que les circonstances ont rendu meurtrier, ou que l’on a littéralement « fabriqué » meurtrier ? Même si au vu des premiers épisodes la seconde théorie va vite primer, le doute est permis d’exister. (La gueuse est humaine, pas enquêtrice d’investigation).

Le docu-série s’accompagne d’un  sous-texte plutôt clair, sans pour autant prendre position : Steven Avery pourrait avoir été piégé. Aujourd’hui, il continue de clamer son innocence avec à ses côtés une avocate spécialisée dans les erreurs judiciaires. Quant à Brendan, de nombreux organismes qui luttent contre les condamnations injustes telles The innocence project ont rejoint l’équipe qui gère sa défense.

Une série à définitivement montrer à votre ado : vous ne l’entendrez plus JAMAIS se plaindre et le verrez descendre les poubelles volontairement.

*

Quel est le but de ce docu-série ?

(Montrer qu’il fait bon vivre dans le Wisconsin !)

Principalement d‘éveiller les consciences concernant les erreurs et failles d’un système. De s’interroger sur comment faire évoluer les choses afin que les injustices soient reconnues et interrompre leur processus alors qu’elles surviennent. Car si la série propose  d’ouvrir une « fenêtre sur un cas précis d’abandon du système »¹ comme l’explique l’une des réalisatrices, il ne faut pas oublier que des centaines, peut-être des milliers d’autres sont potentiellement victimes d’une justice qui a failli.

Les raisons de sa folle réception 

Pas de gros mystère derrière le succès de la série qui suit un cahier des charges qui ne pouvait que rendre Making a murderer addictif et fonctionner auprès d’un large public. Des raisons plus pratiques sont aussi à prendre en compte.

  • Un format et une diffusion idéals

MaM, c’est 10 épisodes d’environ 1 heure chacun. 60 minutes, ça peut paraître long et indigeste pour les non-initiés, mais crois-moi José, ça passe easy en réalité, la satiété toujours présente pour enchaîner illico l’épisode suivant. De plus, judicieusement programmé pendant le break de Noël avec la saison entière de disponible, le binge-watching était de mise ! Tout le temps du monde devant nous, les grutos en éventail dans le canap’, une part de bûche sur les genoux : bien joué Netflix. Nos bourrelets et crampes t’en savent gré.

Mais si la saison, elle, est exhaustive, on ne peut pas en dire autant de sa documentation. Et pour cause, avec entre autres 200 heures de procès et 10 ans passées sur place pour les réalisatrices, impossible de tout caser. C’est pour quoi aujourd’hui la presse prend le relai pour abreuver nos esprits investigateurs et … tout simplement surfer sur la vague.

  •  Une enquête qui perdure sur Internet

Ainsi, chaque semaine débute et se termine avec son lot de publications réunissant divers éléments non vus durant les 10 heures diffusées, plus abracadabrants les uns que les autres, qu’il s’agisse de preuves non montrées dans les épisodes (mises à l’écart car non retenues par le juge à l’adresse du jury, selon les réalisatrices) et autres faits troublants comme le retournement de veste de l’ex-compagne de Steven Avery, ou encore, les révélations de la composition du jury parmi lequel aurait figuré des proches des autorités. Autant d’éléments qui ravivent incessamment le brasier de la fin de MaM et qui participent à sa notoriété. Sans oublier la part énorme que jouent les réseaux sociaux où la participation du citoyen-justicier se révèle des plus actives et fécondes : Reddit, Facebook, Twitter abritent désormais les théories les plus folles.

– Tu sors ce soir ? – ‘Peux pas … j’ai « club de lecture » des commentaires sur la page Fb de Making a murderer

Désormais, une question est sur toutes les lèvres : Coupable ou non coupable ? Un débat majeur qu’une des réalisatrices déplore quelque peu quand on sait que le but n’était pas de mener l’enquête mais « d’ouvrir un dialogue [notamment] sur l’échec du système, de comprendre comment cela peut arriver et comment améliorer la situation actuelle ».² L’idée était de documenter le processus (celui de la justice) afin de montrer comment il fonctionne.³ Mais le parti pris de filmer le cas de Steven Avery semble avoir dépassé l’intention de départ. À tel point que ce qui reste du visionnage se réduit à présent au « whodunit », familier du roman policier, où seule la résolution de l’affaire criminelle compte.

*

Ce sujet, dont le public s’est approprié les tenants et aboutissants et qui dépasse les réalisatrices, a d’ores et déjà fait son entrée dans la pop-culture par un geste commun : celui de la réappropriation. C’est notamment le cas avec le détournement qu’en a fait l’hôte d’un Late show, Seth Meyers : Making a talk show host.

Capture d’écran 2016-01-30 à 17.14.24

On aurait presque tendance à oublier qu’une jeune femme est morte. Qu’une famille est en deuil. Et que le système judiciaire est mis en cause. Ce qui nous amène à la question suivante :

Pourquoi l’intention originelle passe à la trappe ?

  • Le sujet trop sensationnel

C’est quand-même un peu la rencontre entre Damages, New York – Unité Spéciale et The Wire cette histoire ! Un système judiciaire potentiellement corrompu, des crimes particulièrement atroces, suspicion de maquillage sur les scènes de crime et les plus pauvres que l’on met au ban de la société.

En bref, une vraie tragédie sociale et sociétale.

Rien d’étonnant à ce que le public s’enflamme et en oublie l’objectif premier : mettre au jour les erreurs du système. Ajoutez à ça l’enfilade de témoignages plus que douteux qui font qu’on en oublie parfois qu’il s’agit d’un documentaire et non d’un mauvais téléfilm et surtout … ce défilé pas croyable de trombines plus invraisemblables les unes que les autres. J’en veux pour preuve :

Ken Kratz, alors avocat général. Capture d’écran 2016-01-30 à 16.07.28

Beaucoup trop imbu.

Coupable d’avoir une voix horripilante. Et une vilaine moustache.

Ah, et un air mielleux sale.

 

et

Capture d’écran 2016-01-30 à 16.08.20

Len Kachinsky,  premier avocat de Brendan Dassey.

Plus amoureux de la caméra (qui le lui rend MAL), y’a pas !

CONTRE son propre client.

Ai-je besoin de continuer ?

À ne pas oublier : la famille et l’entourage de la victime, en particulier l’un des frères et l’ex-copain. Le premier, qui dérange par le plaisir semble-t-il procuré par son statut de porte-parole. Le second, à cause de son témoignage accablant que je ne te spoilerai pas. Puis, tous les scientifiques et policiers appelés à témoigner, pas très à l’aise dans leurs baskets. Et enfin la famille Avery, ces marginaux (probablement consanguins, arrêtons de se mentir)  notablement limités :

MaM, c’est La Comédie Humaine du Wisconsin.

Capture d’écran 2016-02-02 à 16.00.09

Au-delà d’une réalité aux allures de caricature, le message initial se dissipe également à cause d’un dixième épisode qui nous laisse sur notre faim et provoque l’ire générale.

 

  • Un récit aussi captivant que déceptif

Après 10 heures à parcourir un sujet dense à travers 10 épisodes qui nous ont chacun tenu astucieusement en haleine aux moyens d’effets tels que le cliffhanger (les enflures!), à la fin, coup de grâce : on nous laisse sans réponses, sans véritable clôture. Et pour cause, il ne s’est jamais agi de donner des réponses.

La fin nous laisse avec autant d’interrogations que celle d’Inception. À la différence qu’à ces interrogations-là, peu de chance de trouver un video essay qui y réponde.

Submergé par le flots d’informations et éberlué par les faits ahurissants, on oublie vite que le documentaire n’avait pour seul but de mettre en avant qu’un cas spécifique censé dépeindre la big picture. Perplexe et impuissant, le public prend parti et cherche lui-même les réponses qu’on ne lui a pas données, quitte à parfois tomber dans un doux délire.  Son implication est telle qu’après la diffusion du docu-série, une première pétition adressée au président des États-Unis a été lancée afin que Steven Avery et Brendan Dassey soient graciés mais en vain, les deux hommes dépendant tout simplement de l’état du Wisconsin. Or, la Maison Blanche ne peut intervenir que dans les affaires fédérales. Une seconde pétition a alors été cette fois-ci adressée à Scott Walker, gouverneur de l’état et a déjà récolté près de 490 000 signatures sur les 500 000 souhaitées.

Finalement, comment définir Making a murderer en terme de réussite ?

Succès public – Échec politique ?

 Dans leur volonté d’exposer les travers d’un système, les réalisatrices ont-elles réussi à éveiller les consciences au-delà du cas Avery ? L’action migrera-t-elle vers la révision du système judiciaire ? Quand on sait que le pays n’en est pas à sa première médiatisation d’une affaire du même type (comme ce fut le cas avec la trilogie Paradise Lost I, II, III et le documentaire West of Memphis ), le triste constat de l’Histoire qui se répète n’augure pas un futur meilleur.

*

Malgré tout, il faut saluer l’entreprise audacieuse dans laquelle se sont lancées ces deux réalisatrices, tout juste diplômées de l’Université de Columbia à l’époque, leur ténacité face à l’accusation qui tenta de faire supprimer leurs images et leur rôle dans le combat contre le système.

 

¹ :  Moira Demos, sur le plateau de Charlie Rose

² : idem

³ :  Moira Demos, sur le plateau du Late show with Steven Colbert

 

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